Concha de Nazelle
 Galerie Concha de Nazelle
Exposition en hommage à Fateh Moudarres
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Jane Hervé
 a écrit ce texte pour l'exposition:

 "Hommage à Fateh Moudarres"







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L'exposition

Les artistes de
la Galerie

Fateh Moudarres, l’émergence d’une âme.


« Il y a un petit paysage doré de Fateh Moudarres qui me touche comme un poème». Cette émotion de la galeriste Concha de Nazelle devant l’œuvre du peintre renvoie à celle de Proust « devant le petit pan de mur jaune*» de Vermeer. Tel est le secret de l’art captateur: dénouer en nos regards attentifs le fil rouge d’un ravissement ou d’un émoi. L’artiste Moudarres, en un certain sens, transcende le temps (1922-1999) et l’espace culturel (Syrie, Moyen-Orient), suscitant ainsi outre-frontières des échos ou des éblouissements**.

Les œuvres successives de Moudarres s’approfondissent et se complètent : elles se tournent  telles les pages d’un livre de contes. Ce contemporain a fait naître des foules au féminin prises souvent dans un sablé incandescent, ensevelies parfois en un subtil bleu grisé, tout en inscrivant presque toujours des corps humains en une géométrie apaisée. Il a aussi fait émerger des portraits de femmes, d’hommes et de couples dressés parfois en totem ou en icône protecteur, porté par la volonté précieuse d’établir un pont entre l’Orient et l’Occident.


* Vue de Delft peinte par Vermeer, in A la recherche du temps perdu
** Son œuvre est soutenue par les ventes de Christie’s.



Dans la présente exposition de la galerie Concha de Nazelle, le plus intime et le plus méconnu de ce peintre se révèle. De ses  troublantes encres sur papier, retrouvées récemment par sa fille Rania, également peintre, émerge l’âme de l’artiste. Comme si Fateh proposait à nos yeux, au-delà de sa disparition, l’inconscient de lui-même. Ainsi les coups de pinceau d’encre succincts, souvent brusques et parfois étales font surgir soudain des formes humaines comme emprisonnées dans ce lavis: un puissant corps mutilé, un danseur sans pied avec une mèche de cheveux ébouriffée, un  couple en approche hésitante, une femme amoureuse enfin  au corps strié de traits de crayon nerveux (orange sur les seins, rouges sur les hanches).  Des cris d’amour ou de désir ou de dépit? Inventés ou décryptés par l’artiste ou l’observateur ? Certains visages ont une présence plus singulière (l’un est celui de l’artiste) : ils se distinguent alors par leur chair peinte ocre ou bleutée.

Cette exposition est sans aucun doute celle de notre imaginaire. Celui-ci s’appuie sur l’esquisse et le mouvement du pinceau pour retracer l’histoire du peintre, cet écho poétique de nos cœurs.


Jane Hervé
Critique, revue Recours au Poème.